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Abaca

Abaca

De la fibre au tissu

L'abaca est un tissu tissé par les villageois dans des zones reculées de l'île de Mindanao, dans le sud des Philippines. Les hommes du village extraient les fibres de l'intérieur des bananiers sauvages. Les femmes nouent les fils individuellement et les teignent par nouage avant de les tisser pour former l'étoffe. Le tissage s'effectue sur un métier à tisser à sangle dorsale qui s'étend sur environ 8 mètres, du plafond jusqu'autour des hanches de la tisserande. Une fois les fils naturels étroitement tissés en une magnifique pièce textile, des coquillages sont utilisés pour polir et lisser la surface du tissu. L'ensemble du processus utilise un minimum d'eau et d'électricité, ce qui en fait sans doute l'un des tissus les plus respectueux de l'environnement au monde.

Notre gamme d'accessoires, White Champa Traderoutes, est fière de contribuer à préserver une tradition indigène séculaire. D'autant plus que la région de Mindanao où ce produit est fabriqué est depuis longtemps ravagée par une violente insurrection, ce qui rend la vie des artisans encore plus difficile.

Récolte et préparation

La première étape de la production du tissu d'abaca consiste à recueillir la matière première dans les tiges de l'abaca, un parent du bananier. La récolte de l'abaca demande une certaine force physique. À l'aide d'un couteau tranchant, l'arbre est coupé en diagonale à quelques centimètres du sol. Un abaca produit environ 2 mètres de tissu. L'arbre doit être âgé de deux à trois ans et le diamètre de son tronc doit être d'environ 35 à 45 centimètres. Les feuilles d'abaca sont insérées entre un bloc de bois maintenu fermement sur une poutre horizontale et un grand couteau qui appuie dessus. Le récolteur d'abaca tire la tige à travers les deux éléments, séparant ainsi la pulpe de la fibre d'abaca.

Après le décapage, les fibres doivent être peignées immédiatement afin d'éliminer la sève qui provoque le brunissement des brins. Les fibres sont suspendues à une poutre de la maison et peignées avec les doigts, permettant à la tisserande de sélectionner et de séparer les fibres en fonction de leur épaisseur. Lors de la sélection, les fils les plus blancs et les plus fins trouvés dans les tiges intérieures sont séparés des plus grossiers. Les fibres sont étalées sur une poutre et laissées à sécher à l'intérieur de la maison.

Après avoir séché à l'air les fibres fraîchement récoltées jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment souples, les fibres sont regroupées en paquets de la taille d'un poignet. Pour les assouplir, les femmes prennent les brins d'abaca et les frottent à la main, avec un mouvement similaire à celui du lavage du linge, pour les rendre flexibles. Les fibres fines sont réservées à la chaîne ou aux fils longitudinaux, et les fibres plus épaisses sont utilisées pour la trame ou les fils transversaux.

Une fois séchées, les femmes relient les fibres individuellement bout à bout en faisant de minuscules nœuds. Les extrémités sont coupées à la lame afin de rendre les connexions invisibles.

Chez les T’boli de Mindanao, l'abaca était teint en deux couleurs traditionnelles : le noir et le rouge. Le tissu d'abaca en rouge, noir et couleurs neutres est appelé t’nalak.

Pour colorer les brins d'abaca, les femmes T’boli utilisent des teintures naturelles trouvées dans la végétation environnante. Ce processus de teinture par réserve est communément appelé ikat, une méthode partagée avec les pays voisins que sont l'Indonésie et la Thaïlande.

Le hitem, ou teinture noire, est dérivé des feuilles de l'arbre k’nalum. Une fois qu'un sac de riz de feuilles a été rassemblé, il est pilé, placé dans une grande marmite d'eau et porté à ébullition. Après deux à quatre heures, lorsque toute la couleur des feuilles est extraite, les fils ou les fibres nouées sont placés à l'intérieur. La cuisson des fibres prend en moyenne trois semaines, le feu étant réactivé trois fois par jour et les feuilles et baies étant remplacées tous les deux jours.

Une fois complètement imprégnées du noir le plus profond, les fibres nouées sont retirées et rincées à l'eau courante dans un ruisseau jusqu'à ce que l'eau soit claire. Elles sont ensuite séchées à l'air pendant environ deux jours avant que les nœuds qui avaient été faits, réservés pour les portions rouges, ne soient soigneusement retirés. Une tisserande doit faire preuve de douceur lors de l'enlèvement de ces nœuds.

Le hulo, ou teinture rouge, est tiré des racines et des copeaux d'écorce de l'arbre à petites feuilles loko. Environ un kilogramme d'écorce et de racines de loko est bouilli dans de l'eau pendant une demi-heure supplémentaire. Les fils sont ensuite ajoutés et laissés à bouillir pendant une période allant de cinq jours à une semaine. Une fois terminé, les fils sont retirés, rincés abondamment jusqu'à ce que l'eau soit claire, puis séchés à l'air.

Tissage

Le métier à sangle dorsale T’boli, ou legogong, est une forme de métier à tisser horizontal à deux barres où une barre est fixée à la poutre en bambou du plafond de la longue maison T’boli et la seconde barre, ou sangle dorsale, est attachée au bas du dos de la tisserande.

La longue maison est une structure spécifiquement construite pour la production du t’nalak. Comme la longueur du t’nalak peut dépasser 10 mètres, une structure horizontale est nécessaire. De plus, le t’nalak doit être tissé dans un endroit frais, sinon les fibres risqueraient de casser.

Lorsque la tisserande de t’nalak travaille, elle tisse en rythme. Après avoir passé la navette à travers les fils, elle pousse les fils pour les serrer à l'aide d'une pièce plate en bois de coco rendue lisse et brillante par l'usage. Elle effectue cette opération trois fois afin de garantir que le tissage soit serré et que, lorsqu'il est exposé à la lumière, le t’nalak empêche celle-ci de passer. L'étape du tissage peut durer de 14 jours à un mois selon le « caractère » de la fibre et la complexité du motif.

Une fois le t’nalak entièrement tissé, le tissu est soigneusement lavé dans une rivière afin que la pièce entière puisse être étirée en suivant le courant. Une fois légèrement séché à l'air, le t’nalak est ensuite battu à plusieurs reprises avec un bâton en bois dur et rond afin d'aplatir les nœuds.

La phase finale de la production du t’nalak implique le brunissage de la surface avec un saki ou un coquillage cauri, alors que le tissu est encore humide. Ce coquillage est attaché à une extrémité d'un bâton de bambou dont l'autre extrémité est fixée à un trou dans le plafond de la longue maison pour aider à appliquer une pression supplémentaire lors du processus. Cette tâche nécessite un corps robuste, car le coquillage est frotté fermement et à plusieurs reprises sur le t’nalak afin de l'aplatir et de produire une brillance uniforme et chatoyante. Une fois terminé, le t’nalak est stocké en le roulant et en l'enveloppant dans un tissu séparé pour le protéger de tout dommage.